La guérison ne commence pas par la paix.
Elle commence par une rupture intérieure.Par cet instant précis où quelque chose en toi se redresse.
Où le corps refuse de continuer à porter ce qui n’est plus juste.
Où l’âme retire son consentement silencieux à la survie maquillée en sagesse.
La guérison arrive lorsque tu arrêtes de te mentir pour rester acceptable.
Lorsque ne dis plus “ça va” par réflexe.
Lorsque tu ne minimises plus ce qui t’a abîmée pour préserver le confort des autres.
Et à ce moment-là, la colère monte.
Pas la colère spectaculaire.
Pas celle qui cherche un coupable.
Mais la colère nue. Ancienne.
Structurelle.
Celle qui surgit quand tu réalises tout ce que tu as toléré en croyant être forte.
Les années à t’adapter.
Les compromis répétés.
Les limites déplacées centimètre par centimètre jusqu’à ne plus savoir où tu commençais.
La colère de comprendre que tu as été loyale à des systèmes, des relations, des rôles
qui ne t’étaient pas loyaux en retour.
Et le monde te dira de te calmer.
De pardonner vite. D’être “élevée”.
D’être reconnaissante pour les leçons.
Mais cette injonction-là est une seconde violence.
Parce que ta colère n’est pas une régression.
Elle est un signal de réveil.
Un feu sacré qui marque la fin de l’auto-gaslighting.
Elle apparaît le jour où tu cesses de justifier l’injustifiable.
Le jour où tu regardes enfin la vérité en face, sans filtre spirituel pour l’édulcorer.
Le jour où tu comprends que ce que tu appelais “amour”, “patience” ou “résilience”
était parfois de la dissociation déguisée.
Ta colère est intelligente.
Elle sait exactement où ça a dérapé.
Elle se souvient de chaque fois où tu t’es tue pour maintenir une paix qui te coûtait trop cher.
Elle n’est pas là pour détruire ta vie.
Elle est là pour brûler la version de toi
qui devait faire semblant que tout allait bien.
Celle qui souriait alors que quelque chose se fendait à l’intérieur.
Celle qui comprenait trop, pardonnait trop, portait trop.
Celle qui s’était habituée à survivre dans des cadres trop étroits.
La guérison passe par ce feu-là.
Parce qu’il nettoie. Parce qu’il tranche.
Parce qu’il remet de la vérité là où il n’y avait plus que de l’adaptation.
Ce feu ne demande pas à être aimé.
Il demande à être honoré.
Et une fois qu’il a fait son œuvre, quelque chose change profondément.
La rage ne reste pas. Elle se transforme.
Elle devient clarté.
Elle devient discernement.
Elle devient cette capacité nouvelle à dire non sans trembler.
À te retirer sans expliquer.
À ne plus négocier ta dignité.
Après la colère, il y a une stabilité inconnue jusque-là.
Pas une paix molle. Une paix droite.
Ancrée. Qui ne dépend plus de l’approbation extérieure.
La guérison n’est pas un retour à l’ancienne version de toi.
C’est une mue irréversible.
Et si ces mots te traversent,
ce n’est pas parce qu’ils sont “forts”.
C’est parce qu’ils touchent un endroit en toi
qui sait déjà que quelque chose ne pourra plus jamais être comme avant.
Et c’est très bien ainsi.
Parce que ce qui brûle aujourd’hui
était déjà en train de te consumer de l’intérieur.
Maintenant, au moins, le feu éclaire.
Corinne De Leenheer
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